Le syndrome d’apnée du sommeil est-il dangereux ?

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Largement sous-diagnostiquée, on estime que près de trois millions de personnes sont touchées par l’apnée du sommeil en France. Susceptible d’influer sur la qualité de vie, ce trouble est aussi lié à de nombreuses complications médicales, principalement d’ordre cardiovasculaire. Selon la sévérité, l’impact de l’apnée du sommeil sur l’espérance de vie peut être considérable, multipliant jusqu’à cinq fois le taux de mortalité des individus concernés. 

Qu’est-ce que l’apnée du sommeil ?

Le syndrome d’apnée du sommeil, ou syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), est un trouble qui se caractérise par des arrêts ou des ralentissements dans le flux respiratoire. Ce trouble touche 4 % de la population mondiale, et 30 % des personnes de plus de 65 ans. On estime que 80 % des gens présentant ce syndrome ne sont pas dépistés.

On peut définir trois stades de sévérité liés à l’apnée du sommeil. Pour ce faire, un spécialiste mesure l’index apnées/hypopnées (IAH). Celui-ci décompte le nombre d’incidents respiratoires survenant pendant une heure de sommeil. Concrètement, il mesure le nombre d’arrêts respiratoires (apnées), ou de réduction de l’amplitude respiratoire (hypopnées).

  • Si l’IAH est compris entre 5 et 15, l’apnée du sommeil est dite « légère ».
  • Si l’IAH est compris entre 16 et 30, elle est dite « modérée ».
  • Si l’IAH est supérieur à 30, elle est dite « sévère ».

Une apnée est caractérisée par un arrêt du flux respiratoire supérieur à 10 secondes.

Quelles sont les causes du syndrôme AHOS ?

L’apnée du sommeil est causée par un relâchement excessif des muscles de la gorge. Les causes de ce trouble sont multiples. Principalement, on peut noter : 

  • L’âge : 30 % des personnes de plus de 65 ans sont touchées par le syndrome AHOS. Cela est dû à la perte de tonicité des muscles du pharynx survenant avec la vieillesse.
  • L’obésité : 40 % des personnes en surpoids souffrent d’apnée du sommeil. En effet, les amas graisseux autour du pharynx entraînent une réduction de l’ouverture des voies aériennes et, par conséquent, un risque plus élevé d’obstruction.
  • Le sexe : 4 % des hommes souffrent d’AHOS, contre 2 % des femmes. Le fait que les femmes dont on traite médicalement la ménopause souffrent davantage d’apnée du sommeil laisse supposer que cette différence de prévalence est de nature hormonale.
  • La génétique : une prédisposition familiale est possible concernant ce trouble. En effet, la présence de végétations importantes, de grosses amygdales ou encore la forme de la mâchoire peuvent jouer un rôle primordial.
Un homme qui dort avec un appareil pour apnée du sommeil

Quels sont les symptomes de l’apnée du sommeil ?

De par les arrêts et les réductions d’amplitude du flux respiratoire, l’apnée induit une diminution de la qualité du sommeil. Parmi les effets produits, nous pouvons noter : 

  • des ronflements bruyants et fréquents ;
  • des réveils brutaux/des sursauts ;
  • une respiration haletante ;
  • des micro-réveils à répétition ;
  • des cauchemars.

L’absence de sommeil réparateur pendant la nuit s’exprimera de différentes manières au réveil. Les symptômes les plus notables sont : 

  • une fatigue diurne (et ce, dès le réveil) ;
  • des phases de somnolence ;
  • une baisse de la concentration ;
  • des changements d’humeur fréquents ;
  • une augmentation de l’irritabilité ;
  • une réduction de la libido.

Quelles sont les complications liées à un syndrome d’apnée du sommeil ?

Les arrêts respiratoires fréquents entraînent une chute d’oxygénation dans le corps. En réponse à ce stress, le cœur est contraint de travailler plus intensément pour pallier ce manque. En outre des répercussions sur la vie personnelle citées précédemment, le syndrome AHOS est lié à un certain nombre de complications médicales, principalement d’ordre cardiovasculaire.

L’hypertension artérielle

Le manque d’oxygène intermittent provoque une activation du système nerveux, induisant une augmentation de la pression artérielle. L’hypertension est notamment impliquée dans de nombreuses complications cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral (AVC). Il est à noter que selon la Fondation de la recherche sur l’hypertension artérielle, 30 à 40 % des personnes souffrant d’hypertension sont atteintes d’apnée du sommeil. 

La fibrillation atriale

On parle de fibrillation atriale lorsque les cavités supérieures du cœur se contractent de manière désynchronisée et à un rythme élevé. Le sang n’est plus pompé efficacement dans l’organisme, augmentant de ce fait la possibilité de création de caillots sanguins. 

Si tous les liens de cause à effet ne sont pas encore clairs aujourd’hui, il est cependant reconnu que le syndrome d’apnée du sommeil et de fibrillation atriale sont étroitement liés. Il est donc particulièrement important de se faire dépister dans le cas de patients en situation d’échec thérapeutique pour la fibrillation atriale.

Le diabète

De même que pour l’hypertension artérielle et la fibrillation atriale, il existe une prévalence importante entre le syndrome de l’apnée du sommeil et le diabète de type 2. En effet, près de 30 % des personnes atteintes du SAHOS présentent un diabète de type 2. 

Les mécanismes mis en œuvre lors des phases d’apnées/hypopnées favorisent un taux de sucre élevé dans le sang ainsi qu’une résistance à l’insuline. Cela peut avoir pour effet d’aggraver un diabète déjà existant, voire de le déclencher. À l’inverse, au moins 20 % des diabétiques de type 2 font des apnées du sommeil. 

Horloge qui représente de l'espérance de vie

Le risque de dépression

Comme précédemment, il existe de forts liens entre cette maladie mentale et le syndrome AHOS. Des patients souffrant de dépression et d’apnée du sommeil ont deux points en commun : un sommeil de moindre qualité et une carence en sérotonine.

La sérotonine est un neurotransmetteur jouant un rôle primordial dans la régulation de l’humeur ainsi que dans le contrôle des voies aériennes pendant le sommeil. Ainsi, l’étude HynoLaus, consacrée au sommeil et à ses troubles associés, a montré que 49,9 % des hommes et 23,4 % des femmes souffrant d’apnée du sommeil étaient également atteints de dépression.

Le risque d’accidents liés à la somnolence

Selon une étude Alliance Apnées du Sommeil, deux tiers des personnes présentant un SAHOS sont sujettes à une somnolence importante, entraînant une baisse de la vigilance, de la concentration et de la mémorisation. De fait, un apnéique non traité a six à sept fois plus de risques d’être impliqué dans un accident de la route. Sur la période 2018-2022, la somnolence et la fatigue sont intervenues dans près de 20 % des accidents mortels sur autoroute en France, en faisant la deuxième cause de mortalité, derrière l’alcool, les drogues et les médicaments.

Dans quelle mesure l’apnée du sommeil peut-elle impacter l’espérance de vie ?

De par ses liens avec de nombreuses maladies cardiovasculaires, le dérèglement de l’humeur ou encore le risque accru d’accidents de la vie courante et professionnelle, le syndrome AHOS a un impact évident sur la qualité de vie. De nombreuses études scientifiques montrent par ailleurs une réelle incidence sur le taux de mortalité des personnes qui en sont atteintes.

Une étude américaine menée par le National Center on Sleep Disorders Research, menée sur 18 ans, a ainsi suivi 1522 hommes et femmes âgés de 30 à 60 ans. La mortalité annuelle pour les personnes ne souffrant pas d’apnée du sommeil était de 2,85 pour 1000, toutes causes confondues. Pour les personnes présentant un SAHOS léger ou modéré, cette mortalité est passée respectivement à 5,54 et 5,42 pour 1000. Pour les personnes présentant un SAHOS sévère, le taux de mortalité était de 14,6 pour 1000, soit près de cinq fois plus élevé que chez un individu sain. Par ailleurs, toujours selon cette même étude, l’impact le plus important de l’apnée du sommeil porte sur la mortalité cardiovasculaire. Celle-ci représente 26 % des morts chez les individus ne présentant pas de syndrome AHOS contre 46 % pour les personnes souffrant d’apnée sévère.

Il est à noter cependant que chez les personnes présentant un syndrome d’apnée du sommeil traité, le taux de mortalité est réduit et est comparable à celui de la population générale.

Un homme qui dort paisiblement

Comment diagnostiquer un SAHOS ?

L’apnée du sommeil passe facilement inaperçue, car les micro-réveils ne sont pas forcément ressentis par un individu, de même que les ronflements ou la sensation d’étranglement. Une somnolence diurne inexpliquée doit vous mettre la puce à l’oreille et vous inciter à consulter un professionnel de santé. Et avant d’envisager le Sleep Divorce, il en va de même concernant les coups de coude répétés de votre conjoint à cause de vos ronflements. Le test Stop-Bang, réalisable en deux minutes, est aussi un bon indicateur pour savoir si vous avez un risque de souffrir d’apnée du sommeil. 

Le diagnostic se fait ensuite par un spécialiste qui procédera à une étude de votre sommeil. La polysomnographie est l’examen de référence et nécessite pour ce faire de passer une nuit en clinique. Cet enregistrement étudie notamment l’activité électrique du cerveau, les stades de sommeil, la saturation en oxygène du sang, la présence et le nombre d’apnées et d’hypopnées.

Quelles sont les solutions pour soigner ce syndrome ?

Les moyens de soigner un SAHOS dépendent de la sévérité de l’apnée ainsi que du profil du patient. Pour un stade léger, un suivi hygiéno-diététique permet souvent de réduire fortement l’apnée. L’obésité étant un facteur favorisant, un régime diététique pourra être envisagé afin de diminuer le risque d’obstruction des voies aériennes. Il en est de même concernant la consommation d’alcool, de tabac et de somnifères, qui ont tendance à favoriser les ronflements. Si la forme de la mâchoire est en cause, des prothèses mandibulaires pourront vous être proposées. L’étude de la position de sommeil a aussi son importance. Par ailleurs, si vous souffrez d’allergies respiratoires, celles-ci devront être traitées.

Pour une apnée sévère, l’action la plus courante est la mise en place d’un traitement par pression positive, aussi appelé CPAP (Continuous Positive Airway Pressure). Cela consiste à insuffler de l’air au patient pendant le sommeil via un masque afin d’empêcher la fermeture des voies aériennes. Dans des cas plus rares, un stimulateur du nerf hypoglosse peut aussi être envisagé afin de stimuler les muscles dilatateurs du pharynx. 

À retenir :

  • L’apnée du sommeil touche une personne sur 20 en moyenne.
  • Ce trouble entraîne une réduction de la qualité de vie. Il est aussi lié à de nombreuses complications médicales, dont l’hypertension artérielle, la fibrillation atriale, le diabète et le risque de dépression.
  • Un apnéique a six à sept fois plus de risques d’être impliqué dans un accident de la route du fait de la somnolence induite par la diminution de la qualité du sommeil.
  • Le taux de mortalité est de deux à cinq fois plus important chez un apnéique que chez un individu sain. Cela est principalement dû à l’augmentation du risque de maladies cardiovasculaires.
  • Le SAHOS se soigne efficacement grâce à un suivi hygiéno-diététique et au traitement par pression positive dans les cas les plus sévères.

Foire aux Questions

  • Quel sont les séquelles de l’apnée du sommeil ?

    L’apnée du sommeil peut entraîner une fatigue chronique, affectant la concentration et la performance quotidienne. Elle est également associée à un risque accru de maladies cardiovasculaires, d’hypertension et de diabète. À long terme, elle peut également contribuer à des troubles de l’humeur comme la dépression.

  • Comment dormir pour ne pas faire d’apnée du sommeil ?

    L’apnée du sommeil est souvent liée à la position de sommeil et à d’autres facteurs individuels. Pour réduire le risque d’apnée du sommeil, il est conseillé de dormir sur le côté plutôt que sur le dos. De plus, évitez l’alcool et les sédatifs avant de dormir, et maintenez un poids corporel sain pour réduire le risque.

  • Est-ce que l’apnée du sommeil fait grossir ?

    L’apnée du sommeil peut contribuer à la prise de poids en perturbant les hormones qui régulent l’appétit et le métabolisme. Les personnes souffrant d’apnée du sommeil sont souvent fatiguées, ce qui peut réduire leur activité physique et augmenter leur consommation calorique. Cependant, la relation entre l’apnée du sommeil et le poids est complexe, car l’obésité peut également être un facteur de risque pour développer l’apnée du sommeil.

Sources :
Thoracic
Inserm
Réalités Cardiologiques
NCBI

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